Neutralité, affaires et racisme : la Suisse et la décolonisation de l’Angola et du Mozambique, 1967-1979

Cette contribution analyse la politique extérieure suisse durant la décolonisation en Angola et au Mozambique. Depuis 1961 et 1964, respectivement, des mouvements de libération africains luttent pour leur indépendance du Portugal. À partir de 1967, la position du gouvernement suisse dans ces conflits est ouvertement critiquée. Des gouvernements indépendants africains et un large et hétérogène mouvement de solidarité en Suisse condamnent l’attitude Berne qui, en se référant à sa politique de neutralité, refuse de prendre position face au colonialisme portugais. À cause des relations politiques, économiques et financières suisses étroites avec le régime d’Apartheid en Afrique du Sud, le gouvernement illégal en Rhodésie et la puissance coloniale portugaise, la Suisse est accusée de s’être enrichie à travers l’exploitation du Tiers-monde. Par conséquent, son image internationale et la crédibilité de sa neutralité sont ternies sur le continent africain.

Dans ce contexte, la Révolution des Œillets au Portugal en avril 1974 qui ouvre la voie à la décolonisation de l’Angola et du Mozambique présente une occasion bienvenue pour sortir de cette impasse. Alors que la puissance coloniale portugaise est enfin prête à abandonner ses territoires, le gouvernement suisse s’empresse de créer des relations cordiales avec les nouveaux dirigeants angolais et mozambicains afin de contrebalancer les relations étroites avec les régimes de minorité blanche. Cette contribution montre que par un recours pragmatique à des gestes de ‘goodwill’ ainsi qu’à l’aide humanitaire et à la coopération au développement, le gouvernement suisse parvient à établir des relations cordiales avec les nouveaux dirigeants africains et à surmonter les critiques de sa neutralité.

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