Le rôle du patronat suisse dans la diffusion du néolibéralisme en Europe : le cas des conférences d’Interlaken (1975-1987

Entraver l’interventionnisme étatique, lutter contre l’inflation, garantir la stabilité monétaire et réduire les charges fiscales des entreprises : tels sont certains des principaux points abordés lors des conférences d’Interlaken. Mises en place sous l’impulsion de la principale organisation patronale helvétique, le Vorort, dès 1975, ces conférences visent à former un bloc patronal européen capable de défendre les principes fondamentaux de l’économie de marché. Elles réunissent, en plus du Vorort, les principales organisations patronales de République fédérale d’Allemagne, d’Autriche, du Danemark et des Pays-Bas.

Cette contribution vise à lever le voile sur ces conférences patronales, jusqu’alors totalement ignorées par l’historiographie. Celles-ci se comprennent dans le contexte de profonde récession économique qui caractérise le début des années 1970 et de luttes socio-politiques autour de la répartition des coûts de la crise. Pour enrayer « l’Eurosclérose », les syndicats se structurent notamment via la Confédération européenne des syndicats pour réclamer des programmes de relance keynésienne, ainsi que l’harmonisation des politiques économiques et sociales, au sein des Communautés européennes et de l’AELE. De son côté, en étroite collaboration avec les autorités fédérales, le Vorort joue un rôle de premier plan pour constituer une alliance patronale européenne destinée à promouvoir des politiques dites « néolibérales ».

Mon objectif est d’interroger les objectifs poursuivis par les participants aux conférences d’Interlaken, le contexte de leur mise en place et le rôle particulier du Vorort dans cette collaboration patronale internationale. Il s’agira également d’esquisser des pistes de réflexion sur l’importance de ces conférences patronales dans le cadre plus large du tournant néolibéral en Suisse et au niveau international.

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