Comment conserver l’« heureuse médiocrité » d’une république agraire ? Luxe et développement économique dans les débats de réforme au Pays de Vaud

Au XVIIIe siècle, l’économie du Pays de Vaud est principalement tournée vers l’agriculture. Dans ce territoire sujet de la République de Berne, le commerce et l’industrie demeurent peu développés, tant pour des raisons géographiques et climatiques, qu’à cause de la volonté du souverain bernois. Toutefois, le modeste essor de l’artisanat, circonscrit à certains centres urbains et à des industries spécifiques, engendre la naissance d’une société de consommation, et des produits considérés comme luxueux commencent à circuler dans le marché local.

Les réformateurs vaudois du dernier tiers du siècle, préoccupés par les problèmes sociaux – réels ou perçus comme tels – engendrés par la situation économique de leur région, s’interrogent sur la manière d’assurer le bonheur de leurs concitoyens à long terme. En particulier, ils pèsent les bienfaits d’une modernisation et d’une diversification de l’économie et s’inquiètent de ce qu’ils perçoivent comme une avancée du luxe. Quelles sont donc les principales interrogations suscitées par le contexte économique vaudois du dernier tiers du siècle, et quelles réponses y sont apportées ? De quelle manière la question du luxe est abordée par les réformateurs vaudois ? Et plus généralement, quel lien y a-t-il entre le contexte économique et politique d’un territoire sujet d’une république agraire et les arguments soulevés pour ou contre le luxe ? La confrontation des discussions qui se développent autour de ces thèmes au sein de la Société littéraire de Lausanne au début des années 1780 avec les prises de position d’autres réformateurs vaudois du dernier tiers du siècle permet de répondre à ces questions et enrichit ainsi notre compréhension du débat du XVIIIe siècle autour du luxe.

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