La réaffectation des biens ecclésiastiques à Lausanne au lendemain de la Réforme, une question épineuse

La répartition des biens ecclésiastiques au lendemain de la Réforme est une question sensible: qui de l'Eglise ou du magistrat est en charge de la fortune de l'Eglise. Comme plusieurs historiens l'ont souligné, ce point entraîne une réflexion sur de multiples champs: économique, religieux et politique. L'aspect politique et religieux est particulièrement important dès lors que l'on se penche sur le contexte lausannois. En effet, après la conquête bernoise en 1536, Lausanne bascule rapidement dans la Réforme, et les pouvoirs politiques se répartissent les biens ecclésiastiques. L'Eglise n'est pas consultée. Apparaissent très vite des tensions entre magistrats bernois (qui sont en position de vainqueurs et maîtres) et lausannois, ainsi que des conflits avec l'Eglise réformée, portés par Pierre Viret, premier pasteur de la ville dès 1537. Les conseillers lausannois, se sentant lésés par le partage avec Berne, cherchent à augmenter leur part de ses biens, afin de les utiliser librement pour la ville. Les pasteurs, de leur côté, veillent à défendre les idéaux de l'Eglise, ou du moins de l'Eglise telle qu'ils souhaitent la construire et entendent protéger les biens ecclésiastiques comme étant des biens sacrés, alors que les magistrats entendent user de ces biens comme des leurs propres. Le statut de ces biens a été durant des années au cœur des discussions entre les différents pouvoirs à Lausanne et révèlent des tensions profondes, avec des répercutions pratiques sur l'assistance notamment.

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