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Faire corps: corps et métaphore du corps en politique, du 16e au 18e siècle

L’exercice de la vie politique s’appuie sur un ensemble d’individus autorisés à agir: le corps politique. Cette expression, si commune, s’appuie sur une métaphore naturaliste que ce panel vise à explorer, à travers l’analyse de ses déploiements changeants, depuis la Renaissance jusqu’aux Lumières, mais aussi par l’analyse de la corporalité des individus en politique.

A la Renaissance, sous l’influence de la pensée néoplatonicienne, la pensée analogique, appuyée sur la théorie néoplatonicienne de la correspondance du macrocosme et du microcosme, fait du corps une métaphore efficace pour penser la vie sociale et politique. Véritable principe d’ordonnancement hiérarchique, le corps, en politique, tend ainsi à définir les contours du groupe des citoyens, qui forment les membres, tout en valorisant l’unicité de leur direction (la tête). L’analyse magistrale de Ernst Kantorowicz, Les deux corps du roi (1957), distingue un corps physique et un corps mystique de la monarchie. A cette distinction, il faut ajouter, pour le cas français au moins, un troisième corps, étatique et administratif, composé des corps intermédiaires (parlements, cours souveraines, états généraux et provinciaux) qui altère et renforce les hiérarchies internes au corps politique, aux 16e et 17e siècles.

L’iconique colosse du frontispice du Léviathan, publié par Thomas Hobbes en 1651, offre une saisissante représentation du pouvoir monarchique comme principe organisateur d’un corps politique fait d’une somme de corps physiques. Vêtues de vêtements masculins, visibles à demi-corps, de dos ou de profil, ces silhouettes renvoient aussi à la diversité -relative- des individus qui composent le corps politique.

Ce panel souhaite étudier les contours du corps politique au prisme de la corporalité des individus, en s’interrogeant par exemple sur les catégorisations des humains à partir de critères physiques. On pense ici à la manière dont le corps des individus participe, au 18e siècle, de l’établissement des catégories vulnérabilisées par leurs différences physiques. D’autres angles d’attaque pourront être envisagés, tels que la signification que peut prendre le suicide comme retrait d’un membre au corps politique.

Par le biais du langage, «Faire corps» constitue aussi une réflexion sur la manière dont on peut penser les corps physiques dans leurs similarités ou leur diversité afin de construire le politique. En interrogeant la plasticité de cette métaphore et ses liens avec la réalité physique des corps, dans ses déploiements théoriques et ses usages pratiques, ce panel vise ainsi à questionner l’usage de la nature comme fondement de l’ordre politique.

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