La participation aux Journées d'histoire est gratuite pour les membres de la SSH. Plus d'informations sur l'affiliation à la SSH ici.

La nature de la vérole: savoirs et pratiques médicales en contexte colonial (XVIIIe-XXe siècles)

Ce panel souhaite contribuer à la consolidation d’un nouveau champ d’étude au croisement de l’histoire de la santé et de la colonisation à partir d'une perspective intersectionnelle. Nous souhaitons mener une réflexion sur les systèmes de santé en analysant les conséquences, sur la longue durée, des dispositifs sanitaires mis en place durant la colonisation. À partir de cas empiriques nous questionnerons l’histoire des savoirs médicaux et des pratiques médicales en situation coloniale ou postcoloniale. Afin de permettre cette mise en dialogue, notre panel se concentrera sur deux maladies infectieuses paradigmatiques: la syphilis et la variole qui ont été parfois confondues sous le terme vérole avant d’être séparées en petite et grande véroles. Ce panel vise ainsi à combler une quasi-lacune historiographique, en questionnant la généalogie des deux maladies. Concernant la syphilis, il sera par exemple utile de la replacer dans un contexte, tant épidémiologique que social, où elle entre en interaction avec des pathologies «sœurs»: les tréponématoses endémiques, souvent ignorées – pour ne pas dire négligées – par les recherches historiques. De son côté, au XIXe siècle, la variole devient rapidement un modèle de maladie infectieuse sur laquelle expérimenter de nouvelles formes de traitement, telles que la vaccination. Dans l’Algérie colonisée par exemple ces expérimentations prennent un sens particulier: c’est là que nous découvrons que les différentes populations présentes sur le territoire avaient recours à l’auto-inoculation de la variole avec des pratiques dites de variolisation. S’agit-il de pratiques importées par l’empire Ottoman? Ou sont-elles liées au déplacement des populations asservies en Afrique?

Il faudra par ailleurs souligner que, dans ce contexte, une série de dispositifs sont progressivement mis en place par les États concernant l’obligation de déclaration des maladies. S’en suivent des classifications sanitaires qui, durant les XIXe et XXe siècles, vont établir quelles maladies sont contagieuses et lesquelles ne le sont pas. En France, par exemple, c’est la loi du 3 mars 1822 sur les épidémies qui érige ce modèle. Par la suite, la liste des pathologies concernées va évoluer sans cesse. C’est également le cas des dispositifs mis en place pour prévenir ou endiguer les risques épidémiques: vaccination ou traitements préventifs, enquêtes sanitaires et législations contraignantes, etc.; et ce en métropole comme aux colonies. C’est par ailleurs la protection des échanges commerciaux dans ce contexte épidémique qui conduit, en 1851, onze États européens et l’Empire ottoman à mettre en place la première «Conférence sanitaire internationale» afin de réglementer les mesures de quarantaine. Une démarche dans laquelle se retrouve au XXe siècle l’origine de l’OMS: la gestion politique de la santé devient l’une des formes de gouvernement des empires.

Responsabilité

Intervenant-e-s

Interventions