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Aux frontières de la nature humaine: animaux, monstres et hybrides

«L’être humain est d’une nature très différente, très distinguée, et supérieure à celle des bêtes […]; il y a une distance infinie entre les facultés de l’homme et celles du plus parfait animal. Le plus stupide des hommes suffit pour conduire le plus spirituel des animaux; […] il contraint l’animal à lui obéir».

Buffon, De l’homme, 1749.

À quoi reconnaît-on un être humain? Entre l’expansion coloniale en Amérique et la conquête européenne de l’Afrique, le naturalisme de l’époque moderne a tâché de répondre à cette question à la croisée des traditions théologiques, de la philosophie, de l’histoire naturelle, du droit et de la médecine. Depuis la généreuse assimilation des grands singes à l’être humain à l’état de nature jusqu’à l’anthropologie raciale du XIXe siècle, les figures de l’animal, du monstre, de l’hybride sont diversement mobilisées lorsqu’il s’agit de tracer la limite entre «nous» et «eux», entre l’identique et l’altérité, le «civilisé» et le «sauvage», entre l’humain et ce qui lui est étranger.

Ce panel réunira des historien.ne.s qui interrogeront les frontières de la nature humaine pendant l’Ancien régime. Comment définir un être humain? Qu’est-ce qui est humain en l’homme? Et qu’est-ce qui fait de lui un homme? On s’intéressera alors tant aux comportements transgressifs («inhumains»), aux difformités physiques et aux aberrations de la nature, qu’aux prodiges, monstres et autres merveilles. De Montaigne à Voltaire, de la découverte de l’Amérique aux Révolutions du XVIIIe siècle, quelles ont été les représentations de ces frontières de l’humanité, à la fois si familières et si étranges?

La discussion portera alors sur la dimension épistémologique à partir de laquelle il s’agira de penser les modalités de fondation en nature de l’ordre des êtres et des choses. Nous interrogerons les rapports entre la construction du «propre de l’homme» et les possibilités de la communauté (humaine, hybride), entre inclusion et exclusion, là où se déclinent les critères mouvants qui fixent la frontière, notamment entre sujet et objet. En dialogue avec les apports récents de l’anthropologie, de la sociologie, des approches postcoloniales et des Gender Studies (P. Descola, B. Latour, D. Haraway, E. Dorlin), les intervenant.e.s envisageront de manière croisée quelques-uns des modes de déploiement du naturalisme à l’époque moderne, en combinant le champ des savoirs avec les «dispositifs».

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