De l’art de devenir riche en s’appauvrissant. Les relations extérieures de la Confédération après la Première Guerre mondiale

Le premier après-guerre est une période paradoxale dans l’histoire de la politique extérieure de la Confédération. A la fin du conflit, la Suisse traverse une des crises les plus profondes depuis la création de l’Etat fédéral. Le pays est secoué par des confrontations sociales aigues et l’inflation menace la stabilité monétaire, avant que l’économie ne plonge dans une récession très vive au début des années 1920. Les échanges économiques sont également affectés par les troubles à l’étranger. Le commerce est entravé par les mesures de protection instituées dans les autres pays, pendant que les débouchés pour les exportations se restreignent en raison de la dépréciation accélérée des devises européennes. La sortie de guerre est, finalement, très problématique au point de vue diplomatique. Les dirigeants confédéraux cherchent à se rapprocher des pays vainqueurs, mais le virage opéré dans les rapports extérieurs ne se fait pas sans douleur après qu’ils ont fait montre des décennies durant d’une affinité avec le voisin germanique.

Pourtant, en dépit de l’acuité des difficultés auxquelles la Confédération doit faire face, la période entre 1918 et 1924 n’en reste pas moins un moment d’affirmation de la Suisse dans les relations avec les puissances. La politique étrangère devient plus active et les élites fédérales parviennent mieux à faire valoir leur position qu’avant la guerre. La transformation de la Suisse en un bastion libéral-conservateur, alors que l’Europe semble au seuil de la révolution, confère aux dirigeants suisses une nouvelle légitimité dans le concert des nations. Mais cette affirmation est surtout visible dans les rapports économiques et financiers. Malgré la crise, l’afflux fabuleux de capitaux étrangers en direction du pays accroît la force des banques helvétiques en comparaison de leurs concurrentes européennes, le capitalisme industriel s’émancipe de la tutelle allemande et française, les multinationales s’étendent sur les marchés étrangers. Cet accroissement de la richesse relative du pays, même si la Suisse s’appauvrit au début des années 1920, accentue, en retour, la capacité des dirigeants fédéraux à défendre les intérêts de l’économie suisse face aux grandes puissances.

Ce panel propose d’analyser les relations internationales de la Confédération après la Première Guerre mondiale, sous l’angle des rapports économiques et financiers avec les grandes puissances. Alors que les relations extérieures de la Suisse pendant le second après-guerre ont donné lieu à une abondante littérature, il n’en est pas de même pour la période après 1918. Ce panel a pour but de stimuler la recherche en ce domaine. Il invite les chercheurs à réfléchir à la question de l’affirmation de la politique étrangère de la Confédération après la guerre et de ses liens avec l’accroissement de la puissance financière de la Suisse.

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