La richesse des Eglises. Des biens religieux et de leurs transferts matériels et symboliques sur la longue durée (16-21e)

La richesse matérielle des Eglises a été un enjeu important, régulièrement conflictuel, des sociétés européennes du Moyen Age jusqu’au XXe siècle. Elle le reste d’ailleurs aujourd’hui, comme le montre les débats récurrents sur la gestion et le contrôle du financement des mosquées ou des nouvelles Eglises évangéliques (notamment pentecôtistes). Ce panel se propose d’aborder le problème des possessions matérielles des Eglises chrétiennes, en Suisse et dans le monde, en examinant l’évolution des pratiques et discours produits sur leur utilité, leur justification et leur implication dans la mission première que revendiquent les Eglises, celle de la gestion de l’économie du salut.

Les enjeux portant sur l’acquisition, la gestion, la transaction et la (re)distribution du capital religieux (financier et symbolique) méritent d’être soulevés sur le temps long, ce que ne fait pas l’historiographie actuelle (cf. « sécularisation des biens du clergé », in DHS). Dans ce cadre, la question spécifique des transferts vers l’Etat des richesses ecclésiales, tels qu’ils eurent lieu à différents moments de l’histoire (Réforme, Révolution, Kulturkampf), est particulièrement pertinente. Quelle est leur signification matérielle - qui gagne quoi, pourquoi et dans quels intérêts ? Quelles sont leurs implications dans les réorganisations de l’ordre social en train de se jouer, notamment par les transferts de propriétés et de compétence (par exemple sur l’impôt) entre Eglises et Etat ? Les richesses saisies ou transférés sont-elles considérées comme des biens publics ou communs, conservent-elles un caractère sacré ? L’Etat reprend-il à son compte l’économie charitable jusque-là dévolue à l’Eglise (assistance aux pauvres, éducation, etc.), ou utilise-t-il ses nouvelles ressources pour éponger des dettes publiques, comme la question se posa à Genève au XVIe siècle ? S’engage-t-il, après avoir supprimé l’autonomie financière des Eglises, à financer lui-même le culte, comme le feront la plupart des cantons de la Confédération ?

Ces questionnements influencent durablement la renégociation des rapports entre Eglise et Etat (pour la Suisse : Etats cantonaux). Mais ils suscitent aussi des débats théologiques et pratiques au sein des Eglises elles-mêmes. Ces dernières doivent réévaluer leurs fonctions et missions à l’aune de leurs nouvelles (in)fortunes mais aussi réinventer les rapports entre économie du salut, richesses spirituelles et financements institutionnels. Quels sont dès lors les discours à l’œuvre lorsque ces richesses sont là, perdues ou regagnées ? De quelles éthiques et pratiques économiques sont-elles le fruit ? Enfin quelles injonctions, prescriptions ou attentes les Eglises chrétiennes – notamment les Eglises de la prospérité nées au XXe siècle dans la mouvance du réveil pentecôtiste – formulent elles à l’égard des richesses matérielles de leurs propres membres ?

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