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L’invention d’un territoire et de sa nature. Les plantes alpines entre savoirs et commerces durant le longue XVIIIe siècle

À partir du XVIe siècle, la recherche botanique a connu un développement sans précédent, grâce également à la découverte par les savants européens de nombreuses nouvelles espèces végétales en provenance des Amériques. À la même époque, de nombreux humanistes et naturalistes ont commencé à herboriser au niveau local et régional, produisant les premiers catalogues de la flore régionale. Un exemple de ce développement dans l’Ancienne Confédération est Caspar Bauhin (1560-1624) et son catalogue des plantes poussant autour de Bâle (1622).

Cet intérêt pour la flora «indigène» se poursuit au XVIIIe siècle dans les recherches naturalistes du médecin Zurichois Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733) et s’explique par l’importance thérapeutique des plantes locales qui auraient pu contrecarrer l’utilisation de plantes introduites des Amériques et surtout d’Asie, dont l’importation et l’acclimatation était difficile et, souvent, trop chère. Cela orienta les recherches d’Albrecht von Haller (1708-1777), qui publia en 1768 un catalogue de la flore suisse très complet, devenant l'un des principaux botanistes au niveau européen et le plus important opposant à la nomenclature linnéenne. Environ un tiers des plantes présentes dans le catalogue de Haller ont une utilité thérapeutique, artisanale ou commerciale.

L’intérêt pour les végétaux comme ressources est également visible dans les projets d’herborisations et de réflexion sur l’utilisation des plantes à un niveau régional soutenus par les différentes Sociétés économiques et patriotiques qui se diffusent dans toute l’Europe à partir du milieu du XVIIIe siècle. Plusieurs naturalistes, mais aussi des «amateurs», ont donné une contribution importante à ce processus de «découverte» de la nature locale, en particulier en montagne, en s’intéressant également aux usages économiques des plantes. L’essor de la mode du voyage en Suisse au XVIIIe siècle favorise la mise en contact de savants et d’amateurs s’intéressant à la nature végétale. La connaissance de la flore apparaît comme une entreprise collaborative mobilisant les réseaux académiques à l’échelle européenne. D'une part, les plantes collectées dans les Alpes devaient être clairement identifiées et rattachées aux ouvrages de référence internationaux de la botanique scientifique. Tout aussi fondamentale, par ailleurs, étaient la localisation des espèces végétales à travers les détails précis des sites où elles avaient été trouvées. Ce processus a également été favorisé par l’intégration de savoirs locaux, des paysans et des paysannes, des bergers et des bergères, des personnes qui vivaient en contact avec la nature et de la nature.

Ce panel veut questionner l’interface entre ces différents projets de découverte de la botanique locale, l’observation de l’utilisation économique des végétaux et le développement d’une sorte de «labélisation» commerciale des produits alpins, en interaction multiple avec leur découverte scientifique.

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