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La nature en bibliothèque au 18e siècle: études de cas helvétiques

À l’âge des Lumières, les classes sociales aisées s’emparent de la pratique de la collection d’histoire naturelle qui jusqu’à alors était essentiellement restée l’apanage des milieux savants. La création de cabinets privés connaît ainsi un véritable essor dès les années 1730. Ces collections réélaborent certains des paradigmes de la chambre de merveilles pour fonctionner comme des espaces de reproduction soi-disant mimétique du monde naturel, dont ils donnent à voir et à lire un abrégé. Ces dispositifs ambitionnent en effet la mise en évidence des rapports entre les espèces des trois règnes, impossibles à saisir en milieu naturel. Ils deviennent de la sorte un lieu d’expérimentation de l’ordre naturel, sans pour autant cesser, en raison de leur artificialité, d’esthétiser la nature plus ou moins ouvertement. Subséquemment, cabinets de curiosités naturelles et cabinets d’histoire naturelle se côtoient et se confondent jusqu’à la fin du siècle.

Le territoire helvétique n’échappe pas à cette mode qui – corroborée par les enquêtes scientifiques sur la formation de la Terre et les grandes œuvres de description alpestre – y prend une ampleur particulière. À travers la littérature viatique, l’image d’un génie spécifiquement suisse de la collection naturaliste se forge même avant la Révolution. Fossiles, minéraux, animaux etc. ne sont pourtant pas collectés exclusivement dans la sphère privée; ils sont inclus dans les collections des nombreuses bibliothèques «publiques», dont plusieurs localités suisses se dotent dès le 17e siècle. Ces objets affirment le statut de lieu du savoir des bibliothèques: ils ornent l’enceinte du savoir livresque, tout en offrant un complément matériel à la connaissance écrite, notamment dans le domaine de l’histoire naturelle, au sujet de laquelle les publications se multiplient dans la seconde moitié du 18e siècle. Pour preuve, lors de la fondation de la Bibliothèque publique de Neuchâtel en 1787 les règlements de l’institution mentionnent explicitement sa volonté de se munir d’un cabinet d’histoire naturelle.

Malgré le peu d’importance que les historiens de la lecture ont attribué jusqu’à ce jour à ces ensembles, ceux-ci représentent un enjeu bibliothéconomique capital: non seulement ils témoignent de la dimension palpable et concrète du savoir des Lumières, mais ils garantissent encore l’émergence d’un panorama muséal national quelques décennies plus tard. Évacués des bibliothèques pour cause de manque de place, au 19e siècle ils se transforment en musées. Cette métamorphose consomme la rupture heuristique entre musées et bibliothèques d’une part et, d’autre part, décrète une répartition plus compartimentée des champs du savoir.

La présente proposition de panel se propose donc de revenir sur ce phénomène afin d’interroger les enjeux épistémologiques, socioculturels et matériels de la présence de spécimens naturels dans l’enceinte des bibliothèques.

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