L’or vert des Alpes. Les forêts : une richesse aux caractéristiques et aux valeurs changeantes (XVIIIe-XXIe siècle)

Au cœur des économies organiques de l’époque préindustrielle, le bois a aussi représenté l’une des principales richesses des économies de montagne grâce notamment à la demande des plaines et des villes, dévoreuses de bois de chauffage et de construction.

Dans de larges portions de l’arc alpin, le patrimoine forestier a longtemps été (et demeure encore aujourd’hui) caractérisé par des formes d’appropriation de type collectif, donnant lieu à un large éventail de pratiques de redistribution basées sur les droits de pâture, de récolte du bois et des produits de la forêt (litières, fruits, écorces, résine, ...), de coupe des arbres, de production du charbon de bois, de chasse, etc.

Le passage à l’économie fossile durant la révolution industrielle a momentanément réduit le rôle économique des forêts alpines. De plus, les politiques de reboisement et le rôle protecteur attribué aux forêts par les Etats alpins ont comprimé les occasions de leur exploitation par les communautés locales. Cette évolution a modifié en profondeur le rapport des communautés alpines avec leur richesse forestière. Progressivement, elle s’est dématérialisée, en acquérant, au cours du XXe siècle, des valeurs environnementales et écologiques qui ont accompagné l’essor de la wilderness. Dans les dernières années l’industrie touristique a contribué à ré-matérialiser les richesses forestières alpines. En même temps, l’industrie forestière a su revaloriser le bois en innovant ses usages industriels et en le promouvant en tant que source d’énergie renouvelable.

À travers une approche diachronique, le panel souhaite analyser l’articulation entre la valeur d’usage et la valeur d’échange de l’or vert des Alpes. Dans cette perspective diverses questions pourront être prises en considération :

1. La relation entre les diverses formes de gestion des ressources forestières et les dynamiques d’enrichissement – collectif ou privé – qu’elles ont généré dans le temps.

2. Le rapport entre l’exploitation forestière sur l’émergence de secteurs économiques générateurs de richesse, aussi bien pour les acteurs et pour les économies locales. Par cette question il s’agit aussi d’analyser les stratégies à travers lesquelles les sociétés alpines ont assuré l’équilibre entre les opportunités d’enrichissement offertes par le bois et la nécessité d’en éviter l’épuisement à travers des « pratiques de durabilité ».

3. La suppression des pratiques de redistribution de la richesse forestière menée à travers la privatisation de leur exploitation et la destruction du patrimoine forestier de nombreuses régions alpines entre le XVIIIe et le XIXe siècle.

4. Les liens entre les processus de patrimonialisation intéressant les Alpes et l’essor des modèles de développement durable pour vérifier comment, dès la fin du XXe siècle, les forêts ont généré, à travers des modèles touristiques inédits, de nouvelles formes de richesse.

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