David contre Goliath. Analyse de l’action de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage 

La Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage (SL-FP) est un excellent exemple de la manière dont les activistes, la société et l’État interagissent en Suisse. La loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN), entrée en vigueur en 1967, stipule certes que la protection de la nature et du patrimoine est du ressort des cantons, mais elle ouvre également de nouvelles possibilités au niveau fédéral. L’article 12 de la LPN institue le droit de recours des organisations. L’article 13 permet à la Confédération de verser des contributions pour la sauvegarde d’objets dignes de protection. Et grâce à l’article 14, la Confédération peut désormais soutenir financièrement des organisations de protection de la nature et du patrimoine, à l’exemple la SL-FP fondée en 1970. Toujours sur la base de la LPN, un service de la protection de la nature et du patrimoine est créé en 1967, service dont Theo Hunziker prend la direction sous l'égide du conseiller fédéral Hans Peter Tschudi et de Ruedi Stüdeli, directeur de l'association VLP-ASPAN, aujourd'hui EspaceSuisse.

Les trois pères de la SL-FP – Tschudi, Stüdeli et Hunziker – ont habilement perçu que les ressources financières de la LPN permettaient de créer une fondation de droit privé qui deviendra une puissante organisation de lutte contre la destruction du paysage. Cette organisation non-gouvernementale est née de la volonté explicite de la Confédération de renforcer, et même de garantir, l’application de la nouvelle loi. Cette relation très étroite entre l'Etat et une association privée munie d’un droit de recours, mais aussi d’importants moyens de sensibilisation auprès du grand public, peut être considérée aujourd’hui comme exceptionnelle. Aux milieux de la construction s’opposait désormais un David muni de son lance-pierre, le droit de recours, qui fait encore à ce jour l'objet de débats politiques.

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