Imiter et limiter: le rouge cochenille (XVIe-XXIe s.)

Imiter la couleur rouge, à forte charge symbolique dans toutes les civilisations, nécessitait l'extraction très coûteuse du principe colorant de certains animaux, ce qui en limitait les usages. À partir du XVIe siècle la cochenille mexicaine, à fort pouvoir tinctorial, évince du marché du luxe les autres insectes à rouge. Sa consommation progresse mais s'adresse à un marché réduit par les supports (soie, laine fine, cuirs fins, plumes) et la clientèle (statut social, distinction). Au XIXe siècle on imite chimiquement le carmin de cochenille. Le nouveau colorant synthétique n'est plus limité à un marché étroit. Outre les usages textiles et artistiques, il gagne les industries agro-alimentaires et cosmétiques, alors que le produit naturel disparait de la culture des apparences. On redécouvre les qualités de celui-ci, à la fin du XXe siècle, comme banal mais naturel colorant pour large consommation. Mais aussi comme précieux colorant pour des usages limités (produit haut de gamme chez certains couturiers, engouement pour les produits naturels, savoir-faire anciens, patrimoine): nature imitée, appropriée, mais réservée à une nouvelle élite?

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