Coup de vent sur la Santé. Entre considérations sanitaires et fortunes de mer à Marseille au XVIIIe siècle

Sur le modèle des institutions sanitaires qu’adoptent les cités italiennes, la ville de Marseille se dote rapidement d’infirmeries. La prévention du risque que représente la réapparition du «mal contagieux» en Méditerranée aux XVIIe et XVIIIe siècles appartient au bureau de la Santé maritime. À l’entrée du port, capitaines et patrons de navires ont alors l’obligation de présenter leur patente de santé et faire une déposition devant les autorités. Consignés dans des registres, ces témoignages du personnel naviguant ont permis aux historiens d’évaluer le mouvement portuaire, d’étudier la nature des échanges ou la dilatation des espaces commerciaux à partir d’un grand port de la Méditerranée occidentale.

Bien que la question sanitaire soit au cœur du processus de production de cette source et que les considérations des historiens s’inscrivent majoritairement dans un rapport à l’économie maritime, ces documents renferment aussi une multitude de renseignements verbaux sur la diversité des dangers auxquels se confrontent les gens de mer durant leurs voyages à bord des navires marchands. Les registres de la Santé marseillaise sont un formidable instrument de mesure des conditions dans lesquelles ils naviguent. Le marin accepte d’encourir le risque de faire naufrage à cause d’un coup de tonnerre, de mer ou de vent dans un milieu particulièrement dangereux où ses aptitudes et l’outillage nautique contribuent à limiter l’impact des aléas climatiques. Leur vulnérabilité est d’autant plus éloquente qu’elle s’exprime à travers un outil de gestion du risque épidémique.

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