Le troisième corps du roi. Administrations et administrateurs lors des crises politiques (France, Flandres, 1570-1620)

Sous la plume de Bermúdez de Pedraza (El secretario del rey, 1620), on lit un des témoignages les plus éclatants de l’incorporation de l’administration de l’écrit dans le corps mystique du souverain: les secrétaires, écrit-il, sont la «gorge du corps mystique de la monarchie (…), la voix de sa langue car ce que veut le prince, c’est le secrétaire qui le prononce. Ils sont l’image de son cœur (…)». Pourtant, au début du XVIIe siècle, on assiste à une progressive disjonction en Europe de l’ouest entre les fonctions curiales et les fonctions administratives. D’institution récente dans les autorités publiques, les professionnels de l’écrit sont l’interface entre les institutions domestiques et curiales (chambre et cabinet) et les institutions collectives et celles départies dans les provinces et à l’étranger. La communication propose d’interroger comment, sous l’effet des crises politiques, les bureaux des secrétaires ont progressivement gagné en autonomie fonctionnelle, préfigurant les départements des ministres de la seconde modernité. Ces bureaux ont progressivement disqualifié les institutions traditionnelles de la monarchie. Antoine de Laval écrit en 1605, dans ses Desseins des professions nobles et publiques, que ces nouveaux administrateurs sont «l’organe, le truchement et l’évangéliste» des volontés souveraines. Il convient donc d’établir si ces administrateurs sont des serviteurs curiaux dont les fonctions sont avant tout domestiques ou s’ils sont, dès la fin du XVIe siècle, des officiers publics mis à part des arcanes de l’État et de la pompe royale, pour constituer un troisième corps du roi. Partant, on doit s’interroger sur le rôle des crises dans la fortune des secrétariats d’État au second XVIe-premier XVIIe siècle. Enfin, un train de questions porte sur la nature interfaciale des fonctions de secrétaires, entre le gouvernement du roi et la société politique, ainsi que sur leur rôle dans l’acculturation du recours à l’écrit politique au XVIIe siècle.

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