La nature comme «inconscient» enfantin: évolutions de la pensée montessorienne

Cette communication visera à identifier quelques constantes relatives à la «nature» de l’enfant dans la pensée montessorienne. Loin de se limiter à l’idée de «lois» psychiques qu’il s’agirait de découvrir par la science puis de suivre dans l’éducation, l’idée de nature chez Montessori évolue dans le temps: fruit de négociations et d’appropriations selon les milieux et les périodes, elle se présente différemment selon la traduction et la langue, mais aussi le public visé, gardant en premier chef, en dépit de ces multiplicités, l’idée que quelque chose doit prévaloir sur la décision de l’adulte et doit donc être mis en avant dans l’action éducative («l’élan vital», la «loi de développement», la «loi divine»).

On peut distinguer à partir des années 1940 (sous l’influence, en partie, de Mario Montessori) au moins deux propositions essentielles: la proposition, d’une part, d’une double nature enfantine semblant relever d’une transposition iconoclaste de conceptions théologiques catholiques; la construction, d’autre part, liée à la période de l’Inde, d’une théorisation de la nature enfantine comme «inconscient», non freudien mais plutôt dans la lignée du premier vitalisme montessorien, à l’œuvre chez le petit enfant.

Nous nous appuierons sur des documents imprimés publiés par la pédagogue et par l’Association Montessori Internationale; il sera possible ici de discuter du rousseauisme problématique de Maria Montessori – et de ses distances avec l’éducation Nouvelle, y compris peut-être sur cette question de la nature. Nous chercherons à passer cette question au crible du genre, cherchant en particulier à savoir si, sur cette question, le féminisme initial de Maria Montessori possède une influence; nous soulignerons que, en dépit d’un vocabulaire à l’aspect scientifique, la proposition montessorienne relève souvent de l’assemblage philosophique, visant avant tout un objectif pratique: que les adultes reviennent à l’enfant.

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